ARCHÉOLOGIE CONTEMPORAINE

En

PLONGÉE PROFONDE

Antoine de Saint-Exupéry

D.R.

   

Résumé

    Cette "Affaire St-Ex", comme l'appelèrent les médias, est en réalité une très longue enquête sur laquelle je me suis d'abord penché, un peu par hasard, mais surtout pour combler l'abîme sans fond de ma curiosité naturelle. C'est avec bien peu de moyens, mais riche du courage que m'ont insufflé mes proches, avec la patience de mon entourage, qui du et doit encore me supporter lorsqu'une passion me dévore (c'est à dire à peu près tout le temps) que j'ai pu trouver la ténacité nécessaire pour aller jusqu'au bout de cette aventure. Je tiens à rendre ici un hommage très particulier à mon ami Jocelyn Collerie de Borelly. Discret comme à son habitude, il a fuit le déferlement médiatique qui a suivit la déclaration. Son calme et sa maîtrise ont été souvent les garants de ma survie. Surtout lorsqu'il occupait le poste le plus important pour moi et psychologiquement le plus difficile pour lui : la veille surface, nos vies alors liées par notre confiance mutuelle et notre expérience. C'est lui qui pose ici, sur la première photo publiée dès le lendemain de la déclaration, il tient dans la main la solution de l'énigme, cette pièce ne pouvait se trouver que sur l'avion de Saint-Ex.

copyright Luc Vanrell 05/2000

Le Contexte :          

     Fin juillet 1944. L’aviation alliée prépare le débarquement de Provence. La 1ère escadrille française du Groupe de Reconnaissance II/33 Belfort, placée sous tutelle américaine, est stationnée en Corse. Ses pilotes effectuent de périlleuses missions de reconnaissance au-dessus de la France. Le 31 juillet, le Commandant Antoine de Saint-Exupéry, malgré ses 44 ans, vole sur un F-5B, bimoteur monoplace Lockheed Lightning P-38, modifié pour la reconnaissance photographique. Ce type d’appareil, très en avance sur son époque est physiquement très éprouvant. Dans ces missions où l’aviateur est seul, sans aucun moyen de défense (l’armement étant remplacé par des appareils photographiques), tout repose sur le courage, la science du pilotage et aussi, la chance. Saint-Ex, à 44 ans, est déjà un homme fatigué, tant physiquement que moralement. Il souffre cruellement des séquelles de précédents crashes.

Profil du F-5B N°42-68223 exécuté par Patrice Gaubert à notre demande. Nous le remercions et le félicitions pour la qualité et l'extrême fidélité de ce travail.

© Patrice Gaubert

Le Dernier Vol :

    C’est à force d’obstination qu’il obtient l’autorisation exceptionnelle d’effectuer 5 missions sur P-38. Par relations, il parviendra même à faire enregistrer des vols dits « bis ». Ce 31 juillet 1944, il décolle pour sa dixième mission sur P-38, la cinquième « bis » en fait, la dernière dont il dispose. D'autant que son chef d’escadrille, le capitaine René Gavoille, l'avait prévenu la veille que ce vol serait certainement le dernier de sa carrière militaire; les américains, responsables des opérations, ne souhaitant plus confier cet appareil si éprouvant au plus vieux pilote de guerre du monde, et, pour être sûr de le clouer définitivement au sol sans l’offenser, Gavoille avait décidé de l’informer, dès son retour, des préparatifs du débarquement de Provence. Ceci, pour des questions de sécurité militaire, l’aurait irrémédiablement confiné à sa base.

Recherches :

    Malgré de nombreuses et coûteuses recherches, la disparition de l’auteur du Petit Prince va demeurer un mystère pendant 54 ans, jusqu’à ce jour du 7 septembre 1998, quand Jean-Claude Bianco, patron pêcheur marseillais, remonte miraculeusement dans les mailles de son chalut, la gourmette du pilote, lançant ainsi une piste imprévue : Marseille !

copyright Alexis Rosenfeld 1998

    Je décidais alors de vérifier si des débris d’avion que j’avais précédemment repérés et photographiés dans cette même zone de pêche, pouvaient correspondrent au type de celui que pilotait Saint-Exupéry le jour de sa disparition soit, la version de reconnaissance F5-B d’un appareil américain ultra sophistiqué, le Lockheed P-38 Lightning.

     Des pièces caractéristiques me permirent de confirmer cette hypothèse, mais pas moins de 42 Lightning avaient disparu le long du littoral provençal durant le dernier conflit mondial… et 20 mois de travail furent nécessaires pour me documenter et connaître les moindres détails de toutes les versions de cet appareil. Les nombreux travaux de recherche déjà effectués par le passé me furent une aide précieuse, mais c’est principalement grâce aux travaux de l’historien Philippe Castellano que je pus aboutir dans mes conclusions. Saint-Exupéry volait sur une version récente et très évoluée du P-38. Il fallait donc démontrer qu’il s’agissait bien des restes d’un Lightning récent pour réduire ce nombre de 42 à 5 appareils. Or, les travaux menés par cet historien  étaient suffisamment documentés sur 4 de ces 5 avions pour que l’on puisse les écarter.

La Fin du Mystère :

Ayant mis en évidence, lors d’une dernière plongée, qu’il s’agissait bien d’un modèle récent, je pus officiellement annoncer cette découverte le 25 mai 2000. En octobre 2003, une autorisation de fouilles sera enfin délivrée et Philippe Castellano trouvera sur les vestiges renfloués, un numéro de série confirmant définitivement l’hypothèse avancée

copyright Philippe Castellano 10/2003

Pendant toute la durée de cette enquête, je poursuivais mes travaux dans la grotte Cosquer. Pouvoir ainsi enjamber presque 30 millénaires d’un jour à l’autre, en passant du Gravettien à l’Histoire contemporaine, de la splendeur et de l’obscurité d’une des plus belles cavernes ornées au soleil éclatant des Calanques, fait parti du charme unique de Marseille.

Luc Vanrell.

Voici une liste des principaux protagonistes :

Jean-Claude Bianco, inventeur de la gourmette, sans lui, et surtout sans son incroyable chance, rien n'aurait été possible.

Philippe Castellano, pour lui sous l'eau il y a des avions et à terre des archives a étudier.

Patrick Grandjean, conservateur du patrimoine, chef du DRASSM pendant l'affaire St Ex et donc en même temps mon "patron" d'alors pour Cosquer. Son soutien et sa confiance me furent précieux.

Anne Delhomme et Jo Vicente (DRASSM) qui ont participé après la déclaration aux constatations in situ pour l'État.

Jack T. Curtis, dit Cracker Jack, ancien pilote du 367ème Fighter Group, "The Dynamite Gang", véritable héro à la Buck Danny, il fit une carrière interminable comme pilote de chasse. Il fut le seul à s'acharner avec moi et à remuer toutes ses relations pour m'obtenir les documentations techniques qui me manquaient. Alors que je n'oubliais jamais de le citer, Jack répondra toujours aux journalistes de son pays :"je n'ai strictement rien, fait. Luc a plongé, photographié, étudié et trouvé la solution seul". Et bien non, Jack, pas seul car tu m'as insufflé ta force à travers tes encouragements, et, aussi par ton exemple. Jack est maintenant un redoutable chasseur de MIA (Missing In Action). En juin 99, pendant l'affaire Saint-Ex, il retournera, malgré son grand age, en Allemagne, pour conclure l'histoire tragique de son ailier, son copain de chambrée, James Robert Baxter, descendu à ses côtés en combat aérien, sur P-38, le 24 décembre 1944. J'imagine quelle fut son émotion lorsqu'il pu enfin faire rayer ce nom du mur des disparus. Chapeau bas Cracker Jack !

Jack devant et son P-38

Et plus tard

 

P.S. : Cette affaire est longue, complexe, comporte maints rebondissements et même des fausses pistes. Deux livres l'abordent avec une assez bonne exactitude, je vous y renvoie donc :

à paraître ( 06/2006 ), "Le Petit Prince et le Pêcheur" (Le titre n'est pas encore arrêté avec certitude) par Jean-Claude Bianco et Philippe Cousin aux éditions Ramsay et :

Saint-Ex : La fin du mystère
de Hervé Vaudoit, Philippe Castellano, Alexis Rosenfeld
 

Saint-Ex : La fin du mystère
 

Si avec CEPE (Castellano Philippe) nous arrêtons de plonger suffisamment longtemps, nous finirons peut-être le notre également. Mais, les plongeurs, comme leurs combinaisons, durcissent lorsqu'ils sèchent trop longtemps... En attendant, si vous souhaitez plus de précisions, n'hésitez pas à me contacter.

Luc Vanrell

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La Gourmette

DB601

Citations

Galerie P-38